Les colères de ma mère
- tina tictone

- 19 avr.
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Enfant, je redoutais ses cris. Impuissante à en saisir le déclencheur, je me suis mise à l'affût de tout ce qui pouvait modifier son humeur. Je me demandais d'être la meilleur des petites filles. Toujours en alerte pour arrondir, calmer, suspendre... je me modifiais pour ne pas l'amener à être en colère. Ce qui était douloureux ce n'était pas mes contorsions mais de raté.
Ses colères venaient invariablement fendre l'espace entre nous deux. Hébétée par la puissance de la détonation, je me figeais là où je n'avais pas su comment contenir la fraction de seconde avant le cataclysme. Une fois de plus je n'avais pas déjouer la menace... Ses hurlements ont emporté mon enfance.
Je me suis débattue en thérapie pour me défaire de cette culpabilité. Et un jour elle a glissé comme une mue, la peau de chagrin s'est détachée... Une évidence est apparue, ce n'était pas moi, la colère était enkystée dans ma mère. Cet éclat de voix avait besoin d'un public pour se mettre en scène et j'étais son interlocutrice privilégiée. Ça parait banale mais quel soulagement de ne plus être responsable de ses débordements. Aujourd'hui, je l'écoute de loin...
Témoignage : Joëlle 45 ans.




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